Réponse à l’article du Maire sur Ars Info d’Avril 2016

Lettre ouverte au Maire d’Ars

 

Vous utilisez le bulletin Ars Infos pour nous expliquer pourquoi vous voulez qu’une usine à cochons s’implante à Ars. Que vous soyez obligé aussi vite de vous justifier est déjà une victoire pour les opposants à ce projet. Nous n’aurons pas la possibilité de vous répondre symétriquement, en voyant cette réponse en première page du bulletin de mai par exemple, alors nous adressons une réponse publique.

Vous commencez fort. « Depuis le début de l’année un débat important a lieu sur notre commune»

Les citoyens n’ont été informés qu’en cours d’enquête publique en février de ce qui se tramait, il n’y a eu aucun débat, juste une réunion publique le 18 mars faite par et pour les industriels promoteurs. Parler de débat important depuis le début d’année relève au mieux de l’exercice de style.

La deuxième phrase est pour le moins ambiguë. A vous lire, le débat depuis le début d’année porte sur :

« L’évolution de la porcherie qui depuis plus de 35 ans d’existence, n’a entraîné aucune plainte. »

Ce qui nous inquiète, c’est l’information induite par transformation de cette porcherie. Ce qui a évolué en 35 ans, c’est la course au gigantisme, notre compréhension de la souffrance animale et de l’impasse de ce modèle économique. Par cette opération que vous cautionnez, nous apprenons qu’il existait déjà un élevage intensif qui vivait à l’abri des regards et que vous projetez d’en bâtir un pire.

Alors, pour ce qui est des plaintes, il y a fort à parier que les années qui viennent rattrapent une époque révolue. C’est d’ailleurs un argument spécieux. Ne pas savoir ce qui se passe derrière les murs d’une porcherie industrielle ne veut pas dire qu’on la cautionne. Ne pas vouloir entamer de procédure contre son voisin dans un village pour préserver le bien vivre ensemble ne veut pas dire qu’on acquiesce. Ne pas porter plainte quand celle-ci n’a aucune chance d’aboutir dans un village rural où bien souvent les élus sont eux-mêmes agriculteurs intensifs relève de l’esprit de conservation.

Sans comparer bien sûr mais avant Marthe Richard les maisons closes étaient légales et bien peu d’hommes se sont plaints d’en avoir une près de chez eux… Aujourd’hui vous serez d’accord avec nous pour les condamner. Les choses changent en 35 ans, les mentalités évoluent. Avec ou sans plainte.

« Ma première réflexion sur cette restructuration est qu’il s’agit du remplacement d’un élevage d’engraissement par un élevage de naissances correspondant aux besoins de la filière. »

Il y a dans ce qui vous tient lieu de réflexion un élément fort de notre désaccord : le fractionnement de l’élevage qui sous couvert de rentabilité autorise un traitement insupportable des animaux. Un premier site pour la naissance, un deuxième pour l’engraissement, un troisième pour l’abattage. Entre chaque camp concentrationnaire, des transports en camion sur de longues distances, stressant pour l’animal et participant du réchauffement climatique. Si cela « correspond aux besoins de la filière », cela ne correspond pas aux besoins des animaux, de la planète, d’une alimentation saine et de tous ceux qui veulent rompre avec ce modèle infernal. Il nous appartient à tous de nous opposer aux besoins bassement mercantiles des industriels. Ce n’est pas parce qu’ils le veulent qu’il est moral ou souhaitable de leur donner. Si on apprécie que vous nous fassiez part de votre réflexion, on aimerait que vous la poussiez d’avantage. En l’état, c’est un cas d’école de décision qui permettra à un thésard dans quelques générations de comprendre pourquoi notre civilisation s’est écroulée. Avec ce raisonnement, le prochain groupe financier qui poussera votre porte avec un autre projet délirant, parc de 100 éoliennes, 100 000 vaches, 1 million de poulets (tout ça existe déjà ailleurs !) aura votre bénédiction puisqu’il en a « besoin pour sa filière ».

« Ceci nécessitera une rénovation et une modernisation des locaux en lien avec la réglementation actuelle. » Où l’on apprend que vous n’autoriseriez pas le projet s’il ne respectait pas la loi. Nous saurons vous le rappeler quand il s’agira de s’assurer qu’il en va bien ainsi, tout en sachant pertinemment que vous n’exercerez aucun contrôle. Le voudriez-vous que vous ne le pourriez pas.

Le chapitre suivant se veut lui aussi rassurant. Pas d’odeur à craindre en tout cas pas plus qu’actuellement. « (Vous) êtes certain que les nuisances olfactives ne gêneront pas en permanence les habitants. ». On appréciera l’humour de la formulation « en permanence ». Il ne manquerait plus que vous promettiez à vos administrés une nuisance olfactive constante. Pourquoi pas un calendrier comme celui des marées ou des encombrants pour prévenir vos administrés que tel jour il vaut mieux éviter d’étendre du linge dehors, d’y manger, d’ouvrir les fenêtres avec en prime une tapette à mouches offerte…

Du coup vous confirmez qu’il y aura bien une nuisance olfactive. Doux euphémisme pour une véritable pollution olfactive et pollution de l’air ! Vous resservez le même argument : on fait déjà de l’épandage alors un  peu plus un peu moins. (Il y a déjà un élevage alors c’est logique de continuer)

Cette phrase ne peut que faire bondir. La porcherie émettra bien une pollution olfactive constante dont profiteront les ouvriers et ceux qui seront sous le vent dominant, passants ou habitants. Et pire encore avec l’épandage de lisier chimique, même s’il est occasionnel.

Mais Ars n’est pas sous les vents dominants, qui profitent donc à d’autres. Fareins ? Frans ? On aura compris que ce n’est plus votre problème. Ramener cette pollution criminelle puisque source de décès prématurés chez l’homme, avec les particules fines, à une légère nuisance est problématique. Les méfaits de ces épandages sont actés, y inclus les antibiotiques, les perturbateurs endocriniens, les bactéries, les composants chimiques, les parasites et autres résidus médicamenteux. La croissance exponentielle des maladies respiratoires, la destruction d’espèces animales et végétales et son corollaire, les algues vertes sont aussi actés. La cour européenne nous condamne depuis de nombreuses années pour ça.

« Enfin il n’y aura ni chute de la valeur immobilière ni perte de la fréquentation touristique ». Pas un mot sur les mouches, que du bonheur ! En même temps c’est courageux de prendre un tel risque par écrit sur un dossier aussi complexe et incertain. Si le maire de Fareins s’était engagé de la même manière sur l’élevage intensif de poules dont souffre sa ville, nul doute qu’il aurait aujourd’hui des comptes à rendre.

Pour le risque sur le tourisme, il est à craindre que la mauvaise image véhiculée par votre décision n’affecte quand même des touristes qu’on voit mal sortir d’autocars avec un masque chirurgical, une pince à linge ou une mine dégoûtée, même deux fois par an… Suivant le principe de précaution, on vous suggère de placer à l’entrée de la ville un panneau avertisseur afin que nul touriste asthmatique un tantinet procédurier ne vienne demain vous accuser de mise en danger de la vie d’autrui.

Le troisième paragraphe est un pas de danse intéressant. Où vous dites « être bien conscient des autres questions (vous voulez dire problèmes) que posent l’élevage intensif. ».

Vous n’en dites pas plus mais vous sous-entendez sûrement les implications de ce terme comme : un modèle économique destructeur de l’homme et de l’environnement, une surproduction de viande obligeant à toujours plus de consommation malgré les conséquences sanitaires avérées, une quête colonialiste de débouchés à l’export, faisant fi des droits de l’homme ou des pays émergents, dans une spirale infernale à l’issue fatale pour la planète et les hommes, dont les agriculteurs qui se suicident. Plus prosaïquement, un élevage intensif qui s’installe sur un territoire va mécaniquement être destructeur d’emplois (vous ne parlez d’ailleurs pas dans votre décision des 6 emplois créés ?). Vous intégrez aussi sûrement dans élevage intensif l’usage excessif de médicaments qui se retrouvent dans notre alimentation et les nappes phréatiques, l’importation de tourteaux de soja qui est en lui-même argument suffisant pour arrêter le délire. (Voir la COP 21)

 

Vous parlez de la condition animale sans entrer dans le détail comme : torture de la truie allaitante, nouveaux nés mutilés, vie sur caillebotis, extrême concentration, stress… C’est avant l’alimentation LA raison pour laquelle il faut dire NON.

Vous parlez de la pollution sans entrer dans le détail non plus mais vous pensez sûrement à l’eau, à la terre, à l’air. L’eau, enjeu majeur de ce siècle. Avec dans ce dossier les eaux usées et la pollution des nappes phréatiques avec le lisier. Vous avez dit que les eaux usées n’étaient pas votre problème puisqu’elles étaient retraitées dans une station d’épuration dans une autre commune. A ce compte là l’épandage sur 7 communes alentour ne doit pas trop être votre problème non plus. Si ces propos peuvent rassurer certains Arsois, il n’est pas sûr qu’ils vous fassent apprécier des habitants du territoire qui vont forcément récupérer ces nuisances.

Vous parlez de la concurrence étrangère. Ce qui fait penser à ce mot de Pierre Desproges sur l’ennemi : «Il est bête l’ennemi, il croit que c’est nous l’ennemi alors que c’est lui ». Comme nous exportons du porc sur un marché mondial où nous en importons aussi, on ne voit pas bien ce que la concurrence étrangère vient faire ici ou ce dont « vous avez conscience ».

Pareil sur votre « conscience de la traçabilité des porcs ». Si vous aviez documenté votre réflexion sur le sujet, vous auriez compris que cette traçabilité est un leurre, qu’elle ne dit ce que les industriels veulent bien nous faire croire, fruit d’un lobbying implacable à Paris et à Bruxelles. Montrez-nous sur l’étiquette le parcours du cochon de la naissance à l’abattoir. La liste de tous les médicaments et antibiotiques qu’il aura ingurgité dans sa courte vie dans un environnement propice aux déclarations de pandémies, menace majeure pour l’humanité d’après l’OCDE. Sur l’étiquette l’état de la science actuelle autorisant à penser que cette viande est source de maladies cardio-vasculaires et d’obésité. La liste des qualités nutritionnelles en comparaison avec un cochon élevé en plein air sans tourteaux de soja OGM. Le coût des externalités d’un élevage intensif qu’il faudrait affecter au produit fini plutôt qu’à la collectivité. Dans 100g de porc intensif, vous avez tant de dépollution de l’eau, tant de dépollution du lisier avant épandage, tant pour les frais médicaux, l’assurance chômage des petits agriculteurs qui ne peuvent lutter, les arrêts maladie etc. Sinon le mot traçabilité est vide de sens.

« Nous le savons tous, sur le marché international, sous prétexte de rentabilité, des élevages se font en dehors de toute réglementation et dans des conditions scandaleuses. » Cette phrase est belle de partout.

Déjà cela suppose que ce qui a cours à l’étranger n’a pas cours chez nous. Chez nous l’élevage intensif se fait en toute transparence, avec des contrôles sanitaires exemplaires, un respect total de la loi et des riverains, sans prétexte de rentabilité ni de chantage à l’emploi. Et donc puisqu’à l’étranger ils font n’importe quoi et pas nous, il faut créer des élevages intensifs qui vont concurrencer ces élevages étrangers sans foi ni loi. Pas facile de vous suivre. L’élevage intensif est une guerre mondiale que gagnera le plus insensé.

Quatrième paragraphe et contre tout espoir suscité par le troisième… vous êtes favorable à ce projet !

« Vous voulez conserver une production locale » Où locale veut sans doute dire nationale. Où locale veut dire pour vous élevage intensif alors que l’acceptation habituelle de production locale est plutôt bio, ou élevage à taille humaine. Où on fait dire aux mots ce qui nous arrange. Où local vaut pour quoi ? Le tourteau de soja importé du Brésil ? Le caillebotis fabriqué en Chine ? La chimie ingurgitée par les cochons fabriquée par l’industrie pharmaceutique mondiale ? Les 30 camions de la flotte de CIRHYO fabriqués dieu sait où (C’est curieux, nulle part vous ne citez le nom de ce bienfaiteur de notre territoire ?) L’essence pour les transports multiples ? Comble de la supercherie, le cochon sera engraissé ailleurs qu’à Ars, sans garantie qu’il le soit en France ! Où est l’usine de transformation en barquette sous vide riche en conservateurs ? Etc.

Nous adorons « (vos) réserves sur l’épandage pour diminuer les odeurs ». Tuez-nous à petit feu mais que ça sente bon, je serai intransigeant sur ce point. Comme la loi n’oblige à rien dans cette production que vous trouvez « réglementée », on peut douter que des industriels soucieux de dégager le plus de bénéfices possible investissent dans le parfum qui saura sublimer le purin. Mais ça ne coûte rien de l’écrire.

Il ressort de votre texte que, pourvu qu’on ne sente rien, qu’on ne voit rien, qu’on entende rien, les industriels millionnaires (3 millions de bénéfice pour CIRHYO et ses actionnaires quand tant de petits producteurs périclitent) peuvent s’installer et continuer sur cette route folle. Peu importe la maltraitance animale et tous les dangers relevés ci-dessus, on s’en lave les mains puisqu’on respecte la loi. Ainsi en allait-il du tabac, de l’amiante, du plomb… et toujours du diesel, des perturbateurs endocriniens, des élevages intensifs…

Alors vous aurez compris que cette autojustification est trop superficielle pour être convaincante et que si vous êtes « à notre disposition pour toute discussion à ce sujet » il faudra prouver que tout ce que nous avançons dans la présente est faux, étant entendu que nous nous engageons à publier votre réponse. Parions une côte de porc de chez CIRHYO ! En attendant nous prendrons grand soin de ne plus manger de produits de cet agro-industriel.

A bientôt

Pour le collectif Le Goret Libre

Philippe SOUCHET – Le 11 avril 2016